Des espaces plus sécuritaires dans une petite ville

Par Russell Louder

Le set de DJ de Lil Arepa à GLAM Cave, coordonné par Russell Louder à Flotilla. Photo: Amanda Shore.

Le set de DJ de Lil Arepa à GLAM Cave, coordonné par Russell Louder à Flotilla. Photo: Amanda Shore.

Le set de Nick Dourado à GLAM Cave, coordonné par Russell Louder à Flotilla. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire

Le set de Nick Dourado à GLAM Cave, coordonné par Russell Louder à Flotilla. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire

Plusieurs questions peuvent surgir quand on entend, pour la première fois, l’expression « espace plus sécuritaire ». Qu’est-ce qu’un espace plus sécuritaire ? À quoi devrait ressembler un espace plus sécuritaire ?

La mise en œuvre éthique d’un espace sécuritaire requiert une compréhension des liens que quelqu’un entretient avec les questions de race, de classe, d’incapacité, de genre et de sexualité, une compréhension aussi de la manière dont ces facteurs jouent un rôle dans le pouvoir institutionnel, social et financier.

Lorsque nous nous posons ces questions, nous pouvons commencer à comprendre ce qu’est un espace non sécuritaire. La démarche peut révéler des vérités troublantes qui deviennent étonnamment évidentes dans les microcosmes que sont les scènes artistique et musicale d’une petite ville. Quand nous confrontons ces vérités, nous devons nous demander ce que nous pouvons mettre en place pour valider, privilégier et aborder efficacement les besoins des survivantes, survivants et corps marginalisés pour qu’ils se sentent davantage en sécurité dans un espace. Je dis « nous » parce que ce travail ne peut être endossé ou mené par une seule personne. Les espaces plus sécuritaires exigent la participation de personnes de différents paliers, qui comprennent les nuances entourant les pratiques d’intervention communautaire et se préparent à y évoluer. En effet, un protocole et une politique d’espaces plus sécuritaires, c’est exactement ça : une intervention communautaire.

Je suis reconnaissant pour les espaces plus sécuritaires mis en place par Flottille. Le fait d’avoir sur place le soutien d’une direction, une politique, l’infrastructure d’une équipe et une éducation en équipe a été extraordinairement utile. Les espaces plus sécuritaires de Flottille m’ont porté à  démarrer une initiative d’espaces plus sécuritaires pour mes propres expos à l’Î.-P.-É. et, par un effet de pollinisation croisée avec d’autres initiatives semblables menées dans les Maritimes, j’ai vu des initiatives d’espaces plus sécuritaires prendre de l’ampleur, par exemple celle de Show Buddies à Saint John, Nouveau-Brunswick, élaborée par Abigail Smith.

Le travail en vue d’espaces plus sécuritaires met en lumière l’histoire des communautés et des personnes qui donnent la priorité à la réputation des abuseurs plutôt qu’à la sécurité des survivantes et survivants. Une vérité commune et inconfortable, que j’ai vue par le prisme du travail en vue d’espaces plus sécuritaires, est que les témoins ont tendance à agir en faveur de la relation qu’ils ont avec un abuseur plutôt que d’agir en solidarité avec un ou une survivante (ou des survivantes) de cet abuseur. Cela est dangereux, parce que, sans résolution de conflit, sans médiation et sans processus de responsabilité, les gens qui ont fait preuve d’un langage ou d’un comportement abusif ou oppressif représentent une menace à la sécurité des survivants et survivantes, de même qu’à celle d’autres personnes.

Nous devons reconnaître que la responsabilité et le travail sur le terrain ne devraient plus reposer sur les épaules des survivantes, survivants et corps marginalisés comme par le passé. Ce faisant, nous devons également reconnaître que cela est, bien souvent, le cas.