Résilience small town :

l'austérité et la culture d’artistes autogérée à l’Î.-P.-É.


Partie 1: l'état des choses

Par Becka Viau

Presque une année avant la tenue de Flottille, la Province de l’Île-du-Prince-Édouard retirait sa subvention de fonctionnement au Conseil des Arts de l’Île-du-Prince-Édouard. Septembre 2016 a été un moment sombre pour les institutions autogérées par les artistes à travers le pays et dans la province, puisque que le Conseil des Arts de l’Î.-P.-É. était le seul conseil des arts provincial géré par des artistes au Canada. Le gouvernement de l’Î.-P.-É., et non la communauté, devenait alors le seul responsable du développement et de la durabilité des arts dans la province. Cela a semblé très étrange à la communauté artistique de l’île et plusieurs ont craint la suite.

this town is small inc., seule entreprise autogérée par des artistes axée sur l’art contemporain de l’Î.-P.-É., était également en transition. Je me retirais de mon engagement dans la gestion de l’organisme puisque je me préparais à diriger Flottille. Heureusement, le conseil s’est activé et, étant donné la pression qui accompagne l’accueil d’un grand événement national comme Flottille, this town is small a intensifié ses efforts et présenté une performance relationnelle et une activité sociale dans un des lieux où l’on se retrouvait en de fin de soirée. Ces deux événements ont contribué à préparer les organisateurs à s’occuper de la gestion de l’organisme.

Art in the Open, un projet collaboratif de longue date entre la Ville de Charlottetown, le Centre des arts de la Confédération et this town is small, était aussi en période transitoire puisqu’il passait de projet à organisme indépendant à but non lucratif. Il est intéressant de constater que ces trois partenaires ont joué un rôle clé dans la réalisation de Flottille à Charlottetown. De plusieurs manières, même si Art in the Open évoluait vers son nouveau statut, le projet avait déjà établi de fortes relations de confiance avec la municipalité hôte, la province (un bailleur de fonds du festival), le centre culturel au mandat national et le centre d’artiste autogéré.

Bref, l’événement Flottille a été présenté à Charlottetown à un moment de transformation remarquable. Il a animé la ville grâce à des activités que seuls les artistes peuvent imaginer. Il a renforcé les relations qui existaient avec les bailleurs de fonds et les partenaires, tout en développant un lien avec la scène nationale. Flottille a accueilli sa communauté, chose qui peut sembler minime dans un endroit aussi isolé de la côte Est. À l’Î.-P.-É., on ressent encore les répercussions positives de cet événement. (Bien que, en tant qu’endroit avec des ressources limitées, plusieurs de nos gestionnaires administratifs clés, j’en suis certaine, se remettent encore de l’épuisement ayant suivi Flottille !)

Documentation de la construction de la  Floating Warren Pavilion . Photo: Andrew Maize.

Documentation de la construction de la Floating Warren Pavilion. Photo: Andrew Maize.


Partie 2: Le virage culturel

Par Amanda Shore

Quand Becka Viau a été embauchée comme directrice de projet pour Flottille, son vaste réseau de collègues d’Atlantis s’étalait sur les quatre provinces atlantiques. Elle a constitué une société sous le nom de Becka Viau & Associates afin de créer la base administrative pouvant accueillir Flottille. Étant donné qu’Atlantis dépendant du soutien bénévole de centres d’artistes autogérés et opérait sans personnel payé, Viau a senti le besoin de créer, sur la côte Est, une société de services qui disposerait des compétences, des connaissances et de l’expertise requises pour prendre en charge un projet artistique de cette ampleur. La société Becka Viau & Associates a été créée pour soutenir l’infrastructure administrative – personnel, ressources et liquidité – que n’avait pas Atlantis pour couvrir les dépenses de la première année alors que le projet en était à l’étape de collecte de fonds. Réprimant un éclat de rire, Viau dit à la blague que sa société a servi de « yacht privé », ou de filet de sécurité, à Flottille. En tant que société privée, Viau ne pouvait profiter de programmes publics comme Jeunesse Canada au travail ; Atlantis, en tant qu’organisme de services national, a donc joué un rôle clé en servant de relais à ces types de financement. Elle-même artiste, Viau a créé un organisme géré par des artistes et axé sur la communauté, déguisé en société privée, pour répartir les responsabilités et les dépenses dans un réseau de centres d’artistes autogérés sous-financés.

Documentation de la construction de la  Floating Warren Pavilion . Photo: Andrew Maize.

Documentation de la construction de la Floating Warren Pavilion. Photo: Andrew Maize.

Lors des événements officiels et non officiels de Flottille et par l’exploration de ses emplacements à Charlottetown,  hannah_g  a rassemblée de courtes ou de longues anecdotes sous la forme de « gros titres » ou de textes plus longs, réels ou imaginés, provenant de congressistes, de participants et d’habitants de l’île. Ces anecdotes pourront être factuelles, pince-sans-rire, drôles ou sérieuses.

Lors des événements officiels et non officiels de Flottille et par l’exploration de ses emplacements à Charlottetown, hannah_g a rassemblée de courtes ou de longues anecdotes sous la forme de « gros titres » ou de textes plus longs, réels ou imaginés, provenant de congressistes, de participants et d’habitants de l’île. Ces anecdotes pourront être factuelles, pince-sans-rire, drôles ou sérieuses.

En 2017, Becka Viau gérait this town is small, un centre d’artistes autogéré de l’Î.-P.-É. qui coordonne, de manière collaborative, Art in the Open, un festival annuel des arts se déroulant dans des espaces publics de Charlottetown. Pendant que le festival Art in the Open était en voie de devenir une entité à part entière, il faisait encore partie du cercle concentrique des organismes pouvant s’échanger des techniciens, des cachets aux artistes et des espaces de bureau dans le réseau de l’Î.-P.-É. Étant donné le manque de financement pour chacun des projets individuels, cette approche en réseau du partage des ressources est devenue essentielle sur l’île. « Dans le monde des arts visuels contemporains, affirme Viau, nous avons découvert qui étaient nos vrais alliés, et nous nous en sommes aussi fait énormément de nouveaux et nouvelles. » Après la dissolution du conseil des arts de l’Î.-P.-É. en 2016, il est devenu essentiel pour Viau de travailler directement avec les gouvernements municipal et provincial afin d’avoir accès à du financement. Viau dit qu’elle a été « capable de prolonger d’un mois la présence de Flottille sur l’Î.-P.-É grâce à Art in the Open ouvert et à Third Shift », un festival nocturne à Saint John au N.-B., dirigé par Third Space. Les deux festivals ont collaboré pour produire l’installation de Brandon Vickerd intitulée Sputnik Returned #2 pour Flottille, et l’équipe de production de Viau a partagé les responsabilités entre les deux événements. Les menuisiers et les techniciens de Viau ont travaillé pour Art in the Open pendant deux semaines, puis ont immédiatement œuvré pendant trois semaines pour Flottille.

Revenant sur les bénéfices et les inconvénients liés à une gestion décentralisée, Viau identifie « un symptôme de rareté » dans la culture autogérée par les artistes de la côte Est. Les centres d’artistes autogérés, dit-elle, ont « peur d’investir dans la gestion parce que la gestion peut être lente – mais on a besoin de la gestion pour que ça fonctionne ». Après avoir soutenu le poids administratif de Flottille et avoir donné naissance en cours de projet, Becka Viau a vécu un dur épisode d’épuisement. « J’ai dû démissionner de tous les conseils d’administration dont je faisais partie, raconte-t-elle, et la communauté a ressenti l’impact de mon absence. Les gens ont pu identifier ce manque, et c’est là que la province est intervenue avec la volonté de financer [this town is small] afin d’y établir ce programme de mentorat. Je crois que beaucoup de gens en ont tiré quelque chose, mais nous avons également appris qu’il est possible d’agir à grande échelle ici sur la côte Est. » Le gouvernement l’a accompagnée dans son chemin vers la guérison – ayant dirigé plusieurs festivals très en vue cette année-là – et, depuis Flottille, Viau a été embauchée par le gouvernement provincial, en partenariat avec this town is small, pour agir comme conseillère en autogestion de la santé et en établissement de limites dans la gestion des arts auprès des intervenant.e.s du milieu. Par ce programme, « Mentorsphip and Capacity Building for Arts Administrators » [Mentorat et renforcement des capacités à l’intention des gestionnaires en art], Viau et this town is small ont contribué à briser le cycle d’épuisement dans la culture gérée par les artistes de l’Î.-P.-É.

Cherchant le bon côté de la chose, Viau dit que sa guérison a eu un effet sur la communauté gestionnaire de l’Î.-P.-É. Depuis Flottille, Atlantis et Becka Viau & Associates ont tous deux introduit des clauses de compassion sur l’autogestion de la santé dans tous leurs contrats pour pigistes et personnel temporaire. Alors que les centres d’artistes autogérés poursuivent le renforcement de leurs capacités, il est vital de se rappeler que la croissance n’est viable que jusqu’à un certain point. Comme l’a démontré Becka Viau & Associates, s’occuper de soi et être vulnérable ne freinent pas le renforcement des capacités ; ce sont les pierres d’assise de la croissance.