Mary MacDonald:

Réinventer le lieu et ouvrir le dialogue communautaire

Par Michael McCormack

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Un groupe d'artistes a pris place autour d'une table de cuisine. Une bouteille de vin a été ouverte. Ils commencent à parler. Ils imaginent un endroit à eux, un lieu pour montrer le genre de travail qu’ils veulent faire, sans règles, sans avoir à suivre les tendances, les collectionneurs, les musées. Un endroit où ce sont eux qui mènent le jeu, un endroit qui parle de maintenant, juste maintenant, toujours maintenant.

- MARY MACDONALD, “ARTIST-RUN LIFE,” THE OVERCAST, NO. 1 (FEBRUARY 2014): 18.

Mary MacDonald était profondément déterminée à surmonter les barrières entre les professionnels de l'art et toutes les communautés environnantes, les considérant comme mutuellement imbriqués plutôt que séparés. Tous les niveaux de partenariat l’intéressaient, en particulier les interactions improvisées au quotidien avec les personnes et les lieux qu'elle rencontrait, ce qui finissait toujours par créer des liens plus forts et durables entre toutes les personnes impliquées. Mary était incroyablement réceptive à tout événement imprévu, tout en demeurant inébranlablement réfléchie et ferme dans sa morale, soutenant indifféremment amis, membres de la communauté, artistes et partenaires. Elle était brillamment drôle, spirituelle, généreuse, sans peur et spontanée. Elle avait la capacité rare de réunir des gens de milieux totalement distincts, sans aucun jugement ni pression de sa part, guidée uniquement par un profond intérêt et la conviction que, à travers la collaboration et le respect, les communautés peuvent se lier et se renforcer. Cette attitude guidait aussi bien sa pratique de commissaire que sa vie.

 J’ai eu cette grande chance de travailler avec Mary et je continue à tirer des leçons de mes expériences avec elle, étendant ainsi son influence aux nombreuses communautés que nous servons collectivement en tant qu'artistes, écrivains, conservateurs, commissaires, praticiens et amis. Le dévouement, le talent et la clairvoyance de Mary nous ont guidés tout au long d’étapes cruciales rencontrées durant les phases de planification de Flottille. L’impact de la disparition de Mary a été ressenti dans de nombreuses collectivités artistiques qui travaillaient directement avec elle à titre d’artistes invités ou de collaborateurs. De nombreuses personnes qui ont participé et contribué à Flottille connaissaient bien Mary. Ce fut particulièrement émouvant d’avoir un groupe aussi nombreux issu de Terre-Neuve-et-Labrador, composé de gens qui ont travaillé étroitement avec Mary et accueilli une série de conférences intitulée SHED Talks au Carriage House à Beaconsfield, à proximité du front de mer de Victoria Park à Charlottetown. La série SHED Talks a permis aux amis et collègues de se réunir après une perte aussi difficile, rappelant l’importance capitale de créer un espace pour le deuil, la guérison et le soutien, tant en dehors que dans le cadre des événements de Flottille et à un niveau plus intime. En toutes circonstances, la présence de Mary s’est fortement fait sentir aussi bien dans la programmation qu’elle a contribué à élaborer qu’à travers son souvenir et son influence exercée sur les autres.

Dans les mois qui ont suivi le décès de Mary, Anna Kate Newman, Candace Fulford, Melanie Colosimo et Philippa Jones ont créé la Fondation Mary MacDonald, afin de soutenir des projets de commissariat indépendants à Terre-Neuve et au Labrador. Durant cette période cruciale, quelques semaines seulement avant Flottille, la Fondation s'est associée à VANL-CARFAC pour relancer la campagne ART = WORK à la mémoire de Mary. En avril 2013, Eastern Edge (sous la direction de Mary) a accueilli le premier forum ART = WORK en partenariat avec VANL-CARFAC, dans le but de défendre les droits des travailleurs du secteur des arts en réponse aux importantes mises à pied du personnel qui ont affecté The Rooms. Le forum a donné lieu à un rapport détaillé de vingt-cinq pages, rédigé par Mary, qui offre un aperçu des récits à la première personne sur le thème des mesures d'austérité ayant frappé le secteur des arts à Terre-Neuve. La foule venue assister à Flottille était parsemée d’épinglettes ART = WORK, rappelant ainsi l’engagement continu de Mary envers l’égalité au travail dans les arts. Reconnaissant les artistes comme des travailleurs, Mary a mis en évidence l’impact des pénuries de main d’œuvre sur les artistes terre-neuviens. En 2016, elle a publié une liste d'artistes qui ont quitté Terre-Neuve-et-Labrador à cause du manque de débouchés professionnels. Mary a écrit: « La prochaine fois que la province se targue du dynamisme de son industrie culturelle, pensez à cette liste avec les 236 noms de ceux et celles qui sont partis en emportant leurs idées, leur vision et leur créativité. »

Son expertise en tant que leader de la communauté, directrice, rédactrice en chef, écrivaine et mentor faisait ressortir les plus belles qualités de tous ceux et celles qui l’entouraient. Nous lui devons plusieurs initiatives de programmation de pointe lancées à titre de directrice de la galerie Eastern Edge, membre du conseil d'administration d'Atlantis et fondatrice de Girls Rock NL, en plus de ses nombreux projets indépendants qui continuent de soutenir des artistes à Terre-Neuve-et-Labrador.

Mary a largement contribué à la rédaction de nos principales subventions, à la vision créative, au cadre de conservation et, surtout, à la réflexion fondamentale qui a présidé au concept de Flottille. Son propre travail de commissaire était parfaitement en phase avec la programmation de Flottille. Henry Adam Svec dépeint sa stratégie de commissaire comme une « pratique de party de cuisine ». Plutôt qu’une gardienne d’objets d’art, Mary était un lien culturel initiant des conversations inattendues entre des membres de la communauté qui allaient bientôt devenir des amis. Ainsi que le note Svec, elle « cherchait à rassembler une énergie esthétique qui continuerait à se transformer longtemps après qu’elle se soit tournée elle-même vers d’autres scènes et projets. » Elle abordait son travail de commissaire avec humilité en se considérant comme l’un des nombreux acteurs de la pratique artistique d’un artiste. Dans son texte de commissaire rédigé à l’occasion du Pictou County W(h)ere Festival en 2012, elle a écrit :

 

 « En tant que commissaire de W(here), j’espère générer de nouvelles connexions..., mais je suis aussi une voyageuse, une auditrice, une partenaire et une modératrice parmi de nombreuses personnes dont les points de vue sur ce lieu se chevauchent en même temps qu’ils agissent comme une lame de fond. »

 Véritable instigatrice culturelle, Mary a lancé des initiatives qui continuent de résonner longtemps après son décès. Dans sa thèse de maîtrise, axée sur les pratiques artistiques en milieu rural et communautaire, elle a utilisé la métaphore nautique pour décrire l’évolution constante de l’« ici ».

 

 « Comme des vagues sur une plage, chaque récit se construit sur le précédent. Mais est-il possible ou même nécessaire de connaître toutes les vagues qui ont précédé et qui se dérouleront dans le futur ? Non, car lorsque nous regardons les vagues arriver, c’est le mouvement, la fabrication, le récit de l’histoire de la plage sous nos yeux qui nous attirent. La plage évolue constamment tout comme l’ « ici ».

 Cette image aquatique s’est étendue au cadre de conservation de Flottille, d’une manière simple, honnête et sans peur des clichés. Mary a contribué à la structure conceptuelle de Flottille de façon à refléter l’importance de l’imagerie côtière dans la vie quotidienne des régions océaniques. Ses écrits sur les provinces de l’Atlantique témoignent de sa reconnaissance de l’impact et du mouvement perpétuellement ondulant des marées changeantes.

Dans son article «Artist-Run Life» (« La vie autogérée des artistes »), elle imaginait un centre artistique que les artistes pourraient revendiquer comme le leur, « un lieu où ce sont eux qui mènent le jeu, un lieu qui parle de maintenant, juste maintenant et toujours maintenant. »[3] À bien des égards, FLOTTILLE s’est fixé comme objectif d’actualiser une version temporaire de la vision qu’avait Mary d’une organisation d’artistes centrée uniquement sur le présent. Misant sur la spontanéité et la surprise, Flottille a réalisé un rêve apparemment impossible, né de l’imagination visionnaire de Mary.


Les matériaux imprimé distribués à Flottille comprenaient une dédicace à Mary MacDonald. Photo: Amanda Shore

Les matériaux imprimé distribués à Flottille comprenaient une dédicace à Mary MacDonald. Photo: Amanda Shore

Un délégué lors de la réception d’ouverture portant un badge ART = WORK. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Un délégué lors de la réception d’ouverture portant un badge ART = WORK. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

 « Mary fut et restera une source de lumière intense, braquée sur la scène artistique contemporaine de la côte Est. Sa pensée positive, son dévouement et son travail réfléchi ont été une inspiration pour moi. Elle nous manquera énormément et je suis impatiente de mettre en route Flottille en septembre, car sa vision a contribué à créer cet événement qui vient changer la donne. Je suis très honorée d'avoir eu le privilège de travailler avec Mary. »
— Becka Viau, Chef de projet, Flottille, 2017.

« Le dévouement de Mary envers la région, son approche joyeuse, son souci de la rigueur artistique et son attention généreusement portée à la communauté élargie doivent être admirés et rappelés. Mes plus sincères condoléances vont à la famille, aux amis et aux collègues de Mary. C’est une perte profondément ressentie par tous ceux et celles qui ont eu la chance de la connaître. »
— Katie Belcher, directrice artistique, Eyelevel et Co-Présidente du conseil d’administration d’Atlantis, 2017

 « Mary a façonné la galerie en y mettant tout son cœur, qui accueillait tout le monde, renforçait la communauté artistique et étendait notre portée bien au-delà. »
— Philippa Jones, Director, Eastern Edge, 2017.