La résistance anticolonial et la présence autochtone à Flottille

Par Michael McCormack

Les percussionnistes Heartbeat of Epekwitk. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Les percussionnistes Heartbeat of Epekwitk. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Jordan Bennett & Lori Blondeau, “Samqwan/Nipiy,” 2017. Performance. Photo: Derek Sandbeck.

Jordan Bennett & Lori Blondeau, “Samqwan/Nipiy,” 2017. Performance. Photo: Derek Sandbeck.

La rencontre Flottille s’est tenue dans le « berceau de la Confédération » durant l’automne 2017 et l’effet veisalgique produit par le demi-milliard qu’a coûté le 150ème anniversaire du Canada pesait lourdement sur le rassemblement. L’environnement colonial mouvementé a suscité des discussions très attendues sur l’histoire coloniale du Canada. Le Centre des arts de la Confédération, l’un des principaux sites et partenaires de Flottille, a été offert à Charlottetown par la Couronne en 1964 pour commémorer le centenaire de la Confédération. L’emphase monumentale du colonialisme imprègne l’environnement bâti de Charlottetown dans presque tous les coins du centre-ville – des noms de rues aux bancs publics en passant par les statues de bronze.

Il était essentiel que la programmation de Flottille ménage un espace au débat critique sur ce sujet durant l’événement (et en tout temps). Notre comité de conservation s'est concentré sur le soutien à apporter aux conversations menées par les Autochtones afin de surmonter le récit d’effacement généré par les célébrations du 150e anniversaire du Canada.

L’ouverture officielle de la rencontre Flottille a débuté par une bénédiction de la doyenne Mi’kmaw Deana Beaton et une séance de tambours joués par les percussionnistes  Heartbeat of Epekwitk. Le centre d'artistes autogéré AKA de Saskatoon a accueilli la toute première collaboration entre Jordan Bennett et Lori Blondeau. Invité par Tarin Dehod, directeur d’AKA, leur spectacle intitulé Samqwan/Nipiy, mots Mi’kmaw et cri pour « eau », s’inspirait de leurs relations culturelles et géographiques avec la terre et l’eau. Sur les quais du parc de la Confédération, cette performance rappelait les rencontres croisées entre l’artiste et le public, les délégués et les passants, publics et privés, et surtout, la convivialité par la fête.

 

« Voisinage, hospitalité; telles sont les qualités sur lesquelles s’appuient les provinces de l'Atlantique. Il est donc logique que Flottille les mette à l’épreuve sous forme d’une réunion, en suscitant un rassemblement national dans des espaces non conventionnels et dans les rues de la ville. »

— Tarin Dehod, « Flottille : à pied d’œuvre », Flottille, 2019.

Raven Davis était l’un des principaux commissaires de Flottille. Ils ont animé deux discussions qui ont servi l’une à amorcer, l’autre à clôturer la rencontre. La première, intitulée « Soutenir et travailler avec des artistes et des commissaires autochtones » et co-animée par Allan Sallis, a donné lieu à une performance de Theresa Marshall. Ouvert au public, l’évènement consistait en une discussion libre sur les structures de pouvoir au sein des espaces d'art, et sur l'inclusion des peuples autochtones dans les galeries, les institutions et les centres d'artistes autogérés. Pendant la performance de Theresa Marshall, les participants ont été invités à échanger avec une figure représentant la statue controversée d’Edward Cornwallis, à Halifax, qui se trouvait à ce moment-là au centre-ville de Halifax alors que la communauté Mi’kmaw réclamait sa destruction depuis des décennies. Davis a subverti le modèle classique de la table ronde en plaçant les chaises en cercle et en déterminant leur propre structure de programme. Le deuxième événement de Davis, intitulé « Construire, rêver, relier et naviguer dans des espaces blancs et inclure la participation non autochtone dans le futur des peuples autochtones » était un espace fermé réservé aux participants autochtones, dans le but d'encourager les voix autochtones à engager une réflexion sur ce que serait un centre d'artistes autogérés dirigé par des artistes autochtones à Mi'kma'ki.

Dans le but de poursuivre les conversations initiées à Flottille, nous avons convoqué un autre groupe réservé uniquement aux artistes et aux créateurs autochtones en février 2019 pour débattre de la question « À quoi pourrait ressembler un centre dirigé par des artistes autochtones dans la région de l’Atlantique? ». Pendant deux jours, au cours de discussions planifiées et de rencontres informelles, des participants des quatre provinces ont brossé le portrait actuel de l'organisation menée par les artistes autochtones dans l'Atlantique. Ce rassemblement reflétait entièrement l'esprit de Flottille en incitant les participants à envisager, imaginer et mobiliser l'avenir des peuples autochtones.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Indigenous Peoples Artist Collective. Photo: LP Chiasson & Festival Inspire.

Une série de performances dirigée par l’Indigenous Peoples Artist Collective (IPAC) a volontairement opté pour une présentation de leurs œuvres en dehors des cercles de l'art contemporain. Coordonné par Michel Boutin, le projet de l’IPAC comprenait des ateliers et des performances d’artistes autochtones dans des écoles, des salles publiques, des pubs locaux et des lieux accessibles à tout public. L’IPAC avait l’intention de profiter de sa visite à Charlottetown pour travailler spécifiquement avec les jeunes de la région.  

Tristen Durocher (jeune violoniste métisse), et Modeste McKenzie (jigger métis et interprète culturel) sont venus à la classe de musique de la Colonel Grey High School pour y animer un atelier de narration, de musique et de danse. Ayant délibérément inscrit à l’avance de telles rencontres à son programme, l’IPAC a apporté une contribution précieuse à long terme à la communauté de Charlottetown en intégrant des participants extérieurs au cadre de la conférence. La visite de l’IPAC à ce collège a donné aux étudiants une occasion unique d’apprendre de ces jeunes artistes talentueux et de s’instruire directement auprès des artistes de l’IPAC sur la culture métisse.

Prenant en compte la problématique du lieu, l’approche artistique de Lindsay Dobbin est une pratique incarnée fondée sur l’écoute profonde. L'artiste kanien'kehá: ka (mohawk) / acadien / irlandais a utilisé un hydrophone à bord du Floating Warren pour inviter les visiteurs à écouter l'eau. Ce simple geste a créé des moments d’échange complice et de réflexion silencieuse. Étant donné que de nombreux projets artistiques ont servi de réceptacles ou de lieux pour en accueillir d’autres projet, Dobbin et d’autres artistes ont eu la possibilité de se présenter à plusieurs reprises dans différents sites éphémères gérés par des artistes. Dans SHED Talks, Dobbin a présenté The Foreshore et The Floating Warren, qui mettent en évidence différents thèmes subtils dans sa pratique, favorisant ainsi la pollinisation croisée des idées par l’échange avec d'autres artistes.

Flottille a créé des espaces de rassemblement et des plates-formes ouvertes où les commissaires et les collaborateurs autochtones ont pu nouer des liens et expérimenter de nouveaux programmes. Flottille a privilégié une autodétermination pensée depuis la programmation: plutôt que d'embaucher des artistes autochtones pour remplir un programme existant, elle a invité les collectifs et les conservateurs autochtones à créer leurs propres programmes.