La collaboration comme épée à double tranchant :

la structure tentaculaire de Flottille

Par Michael McCormack

Structure d'équipe de Flottille. Visuel par Anna Keenan, 2017.

Structure d'équipe de Flottille. Visuel par Anna Keenan, 2017.

Flottille avait une structure générale extrêmement complexe qui a exigé un haut degré de collaboration et de flexibilité de la part de toutes nos équipes. Durant toutes les étapes de planification, nous avons été guidés par la spontanéité et avons encouragé les artistes et organismes participants à nous emboîter le pas avec de semblables initiatives de programmation, flexibles et réceptives. C’était désordonné, mais plein de nouvelles idées. Nous avons dû faire preuve de modestie et être prêts à apprendre de nos erreurs, tout en créant de nouvelles voies menant à des relations à long terme et à de nouveaux projets.

Le comité de direction de Flottille se composait de représentantes et de représentants de centres d’artistes autogérés de toute la région atlantique, et d’un  membre consultatif issu d’une assemblée nationale précédente tenue à Vancouver : Amanda Fauteux (Struts & Faucet), Donnalee Downe (this town is small), Annie France Noël (Galerie Sans Nom), Barb Crawford (Third Space), Jason Wells (Eastern Edge), Jennifer Bélanger (Imago), Katie Belcher (Atlantis & Eyelevel), Nisk Imbeault (indépendante), John Murchie (indépendant), Ryan Suter (Struts & Faucet) et Allison Collins (Western Front). Le comité de direction s’est réuni périodiquement avec Becka Viau qui a ensuite relayé et distribué les renseignements à l’équipe de base de Flottille. Ils ont été chargés par Atlantis d’initier le processus de projection dans l’avenir pour Flottille, d’en rédiger le concept initial et d’embaucher des chefs de projet. Katie Belcher (Atlantis & Eyelevel) a offert un soutien important en coordonnant l’écriture des demandes de subvention et les finances, et elle a servi de lien principal entre le conseil d’administration d’Atlantis et l’équipe de base. Les membres du comité de direction, sur le modèle de notre communauté autogérée par les artistes, provenaient de petits centres des quatre provinces atlantiques, et n’ont eu l’occasion de se rencontrer en personne qu’une fois par année. En vue de la tenue de Flottille, il a fallu se réunir régulièrement par Skype et par téléconférence jusqu’à ce que Becka Viau soit embauchée comme directrice de projet.

L’équipe de commissariat de Flottille, menée par le directeur artistique Michael McCormack, se composait de commissaires et d’artistes de toute la région atlantique, dont plusieurs avaient une expérience directe dans les centres d’artistes autogérés de la région : Raven Davis, Michael Eddy, John Murchie, Mary MacDonald, Elise-Anne Laplante, Pan Wendt et Zachary Gough. Ils se sont réunis régulièrement par Skype afin d’élaborer le contenu de la programmation aux fins des demandes de subvention, de concevoir des appels à projets et des invitations, de réviser des candidatures et de parler de la compatibilité logistique et conceptuelle de chacun des projets entre eux. En raison du grand nombre de projets se déroulant en même temps, il était nécessaire que les membres de l’équipe de commissariat travaillent individuellement à leur propre segment de programmation. Chacun des commissaires a pris en charge des projets qui avaient été sélectionnés globalement par le comité en réponse à deux appels publics, l’un à des collaborateurs organisationnels et l’autre à des artistes ou collaborateurs artistiques. Les membres de l’équipe de commissariat de Flottille ont travaillé ensemble pour s’appuyer au besoin, mais en grande partie ils ont été responsables individuellement d’un groupe de projets qu’ils avaient accepté de mener.

L’événement Flottille a été dirigé par une équipe de base travaillant de manière continue à tous les aspects de sa gestion. Becka Viau (directrice du projet) a mené l’équipe de base, assuré la liaison avec ARCA et le comité de direction d’Atlantis, géré le budget général, établi des relations pour le groupe avec des membres de la communauté, des propriétaires et des bailleurs de fonds, s’est occupée des ressources humaines et a accompli de multiples autres tâches. Michael McCormack (directeur artistique) a participé à l’écriture initiale des demandes de subvention et à la collecte de fonds, et il a réuni et mené l’équipe de commissariat, tout en étant commissaire d’un nombre important d’événements de Flottille. Beth Lassaline (gestionnaire d’événement) a dirigé l’équipe de mise en marché, d’inscription, de collecte de fonds et de bénévoles de Flottille. Brandon Hood et Patrick Brunet (assistants gestionnaires d’événements) ont organisé le soutien au montage technique et logistique sur les lieux et ont participé à la construction de docks, d’espaces de performance et d’installations. Amanda Shore (coordinatrice de la programmation) a dirigé toutes les communications avec les présentateurs et les artistes, a rédigé des demandes de subvention et des rapports, et a élaboré la politique des espaces et de l’accès (plus) sécuritaires. Pan Wendt (conseiller en commissariat) a été la personne ressource à la galerie du Centre des arts de la Confédération, ayant travaillé au cadre commissarial initial de Flottille et forgé les liens locaux et internationaux qui ont soutenu notre programmation. Dans les dix-huit mois qui ont précédé Flottille, notre équipe de base se partageait entre un bureau principal à Charlottetown et un bureau chez Eyelevel à Halifax, où se trouve le siège social d’Atlantis. C’était un avantage d’avoir les pieds à deux endroits en même temps, mais cela a également posé des défis logistiques majeurs quand nous devions rencontrer les bailleurs de fonds, visualiser la programmation dans l’espace et travailler de près avec des collègues au loin. Pour des équipes habituées à travailler dans des sphères artistiques locales ancrées dans la communauté, il a été essentiel d’innover en matière de procédures administratives, d’outils de communication et d’emmagasinage de données infonuagique pour être en mesure d’œuvrer ensemble à distance.

La gestion des événements a été parfois tumultueuse en raison de cette distance et, afin de nous ressaisir et de cimenter nos idées, nous avons organisé deux rencontres en face à face de trois jours à Charlottetown. Ces rencontres entre l’équipe de base et les gestionnaires d’événements ont été animées par une facilitatrice professionnelle, Anna Keenan, qui a contribué à saisir et à visualiser le réseau physique et conceptuel d’événements et d’expositions qui se dérouleraient à Flottille. Organiser une assemblée décentrée avec une équipe dont la structure est décentrée a signifié partir de la base pour forger de nouvelles relations avec les responsables d’installations, les gouvernements, les bailleurs de fonds, les hôtels, les gens d’affaires locaux et des organismes pour la première fois, n’ayant jamais travaillé avec eux à un projet comme celui-ci. Les liens établis durant ce processus ont été inestimables et, même s’ils ont nécessité davantage de travail sur le terrain, ils ont donné lieu à de nouvelles relations de travail dont tireront profit, à long terme, la communauté artistique régionale aussi bien que leurs partenaires – organismes comme gens d’affaires.

La directrice de projet de Flottille a travaillé avec une équipe de base, une équipe de commissariat et un comité de direction géographiquement dispersés. Cette situation n’était pas inhabituelle pour quiconque travaille dans les centres d’artistes de la région atlantique et, d’une certaine manière, elle comporte ses avantages. La région atlantique se compose de plusieurs territoires autochtones, groupes linguistiques, histoires culturelles et contextes sociopolitiques qui se chevauchent. Le fait d’avoir des membres du comité issus de toute la région a contribué à établir un point de vue décentralisé.

Tout comme le Centre canadien de politiques alternatives, le rapport de MDR Burgess Consultants a indiqué que la région atlantique a constamment souffert de mesures d’austérité et de coupures gouvernementales, l’Î.-P.-É. étant la province la plus touchée. Des décennies de financement déficient pour les arts dans les quatre provinces ont fait des artistes et des organismes artistiques du Canada atlantique les plus dépourvus du pays. Avec des fonds limités dans chacune des provinces atlantiques, Flottille a dû faire des demandes pour de petits montants de financement auprès de conseils des arts dont les ressources économiques sont utilisées au maximum et auprès de gouvernements dont le financement aux arts est limité. Puisque l’événement avait lieu à l’Î.-P.-É., nous avons dû expliquer pourquoi il était important pour les bailleurs de fonds artistiques de la Nouvelle-Écosse de financer un événement se déroulant dans une autre province. « Pourquoi ne pas le faire en Nouvelle-Écosse ? » et « L’Î.-P.-É. n’a même pas de conseil des arts ! » – voilà certaines des répliques auxquelles nous avons eu droit quand nous avons fait valoir les occasions d’exportation pour les artistes de la région atlantique.

Par ailleurs, nous avons pu nous servir de la présence d’une équipe tentaculaire pour avoir accès à des fonds qui, autrement, auraient été indisponibles à une seule province. Nous avons pu obtenir de petits montants de chacune des provinces, et nous avons établi un précédent par rapport à ce qu’il était possible de faire dans le Canada atlantique. Même s’il n’a pas été facile, pour un événement de cette échelle, d’avoir accès aux sources de financement, Flottille a cherché à démontrer aux bailleurs de fonds la valeur des échanges interprovinciaux pour les artistes de la région atlantique.