Construire un modèle dirigé par les Autochtones

13 juin 2019

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« Il reposerait sur le partage, le respect mutuel et la fierté par rapport à nos façons de faire traditionnelles et actuelles. Il aiderait les jeunes et les aînés à se rapprocher, à renforcer ou à défaire des relations créées par le colonialisme. Ce serait un espace de guérison, d’enseignement et d’apprentissage de l’importance de l’authenticité, etc. ».

—CATHY MARTIN

Lors du rassemblement, Erin Sutherland a présenté Ociciwan Contemporary Art Collective, un collectif sans local fixe organisant des projets de commissariat à Edmonton depuis 2015. En 2018, la Ville d’Edmonton a annoncé que grâce à une subvention fédérale de 1,5 million de dollars, elle mettrait en place un pôle artistique qui accueillerait Ociciwan. Le nouveau centre sera doté d’un espace communautaire, d’un centre de documentation, de salles de réunion, de bureaux à louer et d’une cuisine. Sutherland a parlé d’un espace dirigé par des Autochtones ayant été soutenu par plusieurs paliers de gouvernement, ce qui a provoqué une réflexion sur les avantages et les inconvénients de recevoir de l’argent du gouvernement. Les participants étaient très conscients des préjudices systémiques, de l’oppression et de la violence des institutions, des bandes et des structures gouvernementales qu’ils ont subis. Ayant perdu confiance envers les modèles de financement public, le groupe se demandait s’il fallait adopter une structure soutenue par l’argent du gouvernement.  

Dans la région de l’Atlantique, où les centres urbains n’ont accès qu’à peu de financement pour les arts, le partage des ressources entre les territoires est crucial pour impulser de nouvelles initiatives. Le groupe partagé son désir de renverser les structures coloniales et de contourner les initiatives de réconciliation officielles menées par l’État pour servir plusieurs communautés. Plutôt que de placer les institutions et les organismes externes au cœur de la structure de gouvernance, il souhaite privilégier l’autodétermination.

Documentation par Raven Davis & Lee Lee Davis. Photo: Glenn Knockwood.

Documentation par Raven Davis & Lee Lee Davis. Photo: Glenn Knockwood.

Le groupe n’a pas cessé de se demander comment travailler de concert avec l’institution et la déconstruire. Les participants ont dressé une liste exhaustive d’acteurs clés étant en mesure de s’impliquer dans un centre d’artistes autogéré par les Autochtones : artistes autochtones, centres d’amitié, bureaux de conseils de bande, universités, fiducies foncières, plusieurs paliers de gouvernement, Environnement Canada, Patrimoine Canada, aînés et gardiens du savoir autochtone, entre autres. Le groupe a indiqué que le financement, les ressources, les espaces et le soutien proviendraient de plusieurs sources. Ainsi, la structure organisationnelle serait autonome et rendrait des comptes à la communauté. Un participant a rappelé au groupe qu’il fallait reconnaître « les communautés dans les communautés », une chose essentielle, puisque pour se rassembler, les participants sont venus des terres non cédées des Béothuks, des Mi'kmaq, des Wolastoqiyik, des Inuit, des Innus et des Inuit du sud de NunatuKavut.

Le groupe a soulevé l’importance d’étendre la définition de ce qu’est « un artiste » au-delà des frontières colonialistes du système des arts canadien, en s’adressant aux artistes plus vieux, aînés ou 2SLGBTQ+ et aux jeunes non-artistes.

Les participants ont convenu qu’un centre d’artistes autogéré par les Autochtones dans la région atlantique devait mettre la terre de l’avant sans tenir compte des territoires reconnus, en impliquant les aînés, le savoir provenant de la terre et Environnement Canada. Brandon Hoax a affirmé que l’administration du centre devrait comprendre « l’histoire complexe de la région et des langues » et « appuyer les pratiques territoriales. » Pour lui, en plus de servir de galerie, les espaces devraient « transmettre des enseignements culturels représentatifs des régions dans lesquelles ils se situent. »

Le groupe a dressé une longue liste de freins à création, comme l’obstruction bureaucratique, l’isolement, l’épuisement et le manque de ressources pour garder les enfants, d’espaces (plus) bienveillants, de financement, de mentorat et de ressources. En fin de compte, ces obstacles ne peuvent pas être franchis par un centre d’artistes autogéré par les Autochtones s’il ne se concentre que sur l’exposition d’œuvres d’art. Même si l’espace d’exposition pourrait être au cœur du mandat du centre, le groupe a relevé des besoins plus importants en matière de services et de ressources pouvant alimenter les pratiques créatives. Un centre d’artistes autogéré par les Autochtones dans la région atlantique doit être plus qu’un simple mur blanc, il doit mettre l’accent sur l’apprentissage, le mentorat, la transmission du savoir et le jeu.

L’objectif de ce rassemblement était de jeter les bases du projet et d’évaluer les besoins des artistes autochtones de la région atlantique. Trois enjeux clés vont orienter le processus de planification et servir de principes directeurs d’un centre d’artistes autogéré par les Autochtones dans la région atlantique :

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